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Gala, l’intrigante muse de Salvador Dali

Discrète et volontairement en retrait de son célèbre mari, Gala Dali n’en était pas moins une artiste avant-gardiste et iconoclaste. Le Musée d’Art de Catalogne  lui rend hommage cet été dans une exposition réhabilitant son rôle artistique dans l’avant-garde du XXe siècle.

D’apparence pourtant ordinaire, Elena Ivanovna Diakonova, surnommée Gala, a déchaîné les passions tout au long de sa vie et suscite encore des réactions partagées près de quarante ans après sa mort. On retient souvent que la jeune Russe, issue d’une famille bourgeoise et cultivée, a rencontré le tout aussi jeune Paul Eluard lorsqu’elle avait 18 ans et se faisait soigner pour une tuberculose en Suisse. Ils se marient à Paris cinq ans plus tard et ont une fille, Cécile, qui sera l’unique enfant de Gala.

Les époux rencontrent quelques années après le peintre allemand Max Ernst, qui deviendra l’amant de la jeune femme et ira même jusqu’à vivre avec le couple dans leur maison de la région parisienne. En 1929, douze ans après leur mariage, Gala et Paul Eluard se rendent à Cadaquès, en Catalogne, pour rendre visite au peintre Salvador Dali. Gala a 35 ans, Dali 25, et c’est le coup de foudre réciproque. Ils ne se quitteront plus.

Ambitieuse et calculatrice

« Sans Gala, je ne serais rien, elle est mon oxygène, disait le peintre catalan, c’est elle qui découvre et m’apporte toutes les essences que je transforme en miel dans la ruche de mon esprit ». Mais la froide Russe agace l’entourage de Dali. « Elle pouvait être froide et calculatrice » reconnait Montse Aguer, directrice de la fondation Gala Salvador Dali. Selon son biographe Bertrand Meyer-Stabley, elle est ambitieuse, dominatrice, cynique et aime plus que tout l’argent et le luxe. Pourtant, c’est bien elle qui inspirera de nombreuses œuvres à ses différents maris ou amants, et fera en particulier la réussite du peintre catalan.

Dans l’exposition qui lui est consacrée jusqu’au 14 octobre au MNAC à Barcelone, on découvre des lettres écrites en français depuis les Etats-Unis, où le couple passait une partie de l’année, et adressées à l’intendant de leur maison en Catalogne. Gala fait souvent des recommandations d’ordre financier, assurant que tel artisan l’avait escroquée, ou tel autre essayait de faire monter les prix en son absence. Elle contrôle d’une main de fer toutes les dépenses de la demeure. Et insiste à de nombreuses reprises pour que le personnel ne parle sous aucun prétexte aux journalistes. « Il y a des détails que personne ne peut savoir, écrit-elle, que chacun garde la bouche fermée, serrée […] sinon je me fâcherai sérieusement ».

Luxe et solitude

Conseillé par Gala, Dali devient ce peintre excentrique que l’on s’arrache dans le monde entier et fait toujours fureur à la télévision. Le couple s’enrichit et mène un train de vie particulièrement confortable. Selon les amis du Catalan, sa femme l’isole pour mieux le contrôler. Pour son biographe, la cupidité et le cynisme de Gala les plongent dans une certaine solitude qu’elle apprécie et même qu’elle chérit selon plusieurs de ses écrits exposés au MNAC. « L’inconnu et la solitude [de notre vie] doivent être sacrées » écrit-elle à son intendant, en soulignant bien le mot « sacrées ».

Mais Gala était-elle vraiment cette femme fatale et sans coeur décrite par certains? Adorée par ses maris et amants, Gala était aussi l’amie de nombreux artistes et figures intellectuelles de l’époque, notamment les poètes René Char et René Crevel ou le peintre Man Ray. Cultivée et créative, elle produisait elle-même objets surréalistes et écrits en prose, et participait souvent au processus créatif des œuvres de Dali, qui signait certaines d’elles par Gala Salvador Dali.

« C’était une femme en avance sur son temps, et il a fallu avoir assez de recul et d’informations sur sa vie pour monter cette exposition qui rend hommage à sa facette artistique, qui va bien plus loin qu’un rôle de simple muse, explique Montse Aguer, Gala était surtout une femme libre, et c’est un exemple pour les femmes d’aujourd’hui, elle luttait pour ce en quoi elle croyait, l’art et la littérature, et c’était important de la présenter comme une personnalité artistique à part entière, de la réhabiliter comme une pièce clé du mouvement surréaliste ».

Si le travail de recherche historique permet d’en savoir plus sur la dimension artistique de Madame Dali, nul ne pourra encore percer le mystère de la véritable personnalité de cette femme qui paraissait en total décalage avec son temps, et suscite encore de nombreuses interrogations.

L’exposition est visible au Musée National d’Art de Catalogne jusqu’au 14 octobre 2018.
Gratuit pour les moins de 16 ans et les plus de 65 ans, entrée générale: 7€ en achetant en ligne ici. Gratuit le samedi après 15h et le 1er dimanche du mois.
Ouvert du mardi au samedi de 10h à 20h, le dimanche de 10h à 15h.
Plus d’infos en cliquant ici.

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